En Suisse, ce sont ses détracteurs qui ont fait connaître le festival Culturescapes Israël
Article d'Elisabeth Chardon dans « Le Temps » du 6 octobre 2011
La Swiss Season et son pendant helvétique, Culturescapes Israël, font l’objet d’une campagne de boycott
En Suisse, Culturescapes Israel fait suite à toute une série de festivals consacrés depuis 2003 à d’anciennes républiques soviétiques, mais aussi à la Turquie ou à la Chine l’an dernier. Mais, avec Israël, c’est la première fois que la manifestation suscite une campagne de boycott. Dans les rédactions romandes, ce sont d’ailleurs les courriels du mouvement BDS en Suisse, qui soutient l’appel palestinien au boycott, aux désinvestissements et aux sanctions contre l’Etat d’Israël, qui ont révélé l’existence d’un festival discret.
Ces messages relayaient d’abord une lettre ouverte envoyée dès février aux organisateurs et partenaires du festival Culturescapes Israel, prévu à travers la Suisse de septembre à novembre 2011 et décrit comme «une vaste opération de communication», comme une «vitrine pour l’apartheid». Y étaient expliqués les principes fondateurs du BDS qui implique quelque 170 organisations de la société civile palestinienne depuis 2005 et son relais par la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (Pacbi). Celle-ci, due à une centaine d’artistes et d’intellectuels palestiniens, invite les acteurs culturels du monde entier à s’abstenir de toute collaboration avec des institutions liées à l’Etat d’Israël, comme c’est le cas avec ces deux manifestations. Et non pas avec des individus, même si sur le terrain cette délimitation n’est pas toujours bien comprise.
Lettres ouvertes
Ces premiers messages étaient cosignés par le Pacbi et «Boycott!, Suporting the palestinien BDS call from within», une organisation qui regroupe des militants israéliens de toutes confessions. Ils invitaient à renoncer purement et simplement au festival israélien en Suisse, ou du moins à y participer.
Ils ont été suivis de lettres ouvertes aux artistes et autres intervenants de la programmation Swiss Season en Israël. «Vous ignorez peut-être que vous êtes embarqués dans une vaste opération visant à promouvoir l’image de marque d’Israël», mettait en garde cet autre courrier. «Nous nous sommes rendu compte que certains artistes ignoraient que l’exposition à laquelle ils participaient faisait partie d’un festival», explique un des porte-parole du BDS.
Il reste que, en Suisse comme en Israël, aucun des deux versants de la manifestation ne semble avoir été franchement déstabilisé par cette campagne. Même si, à l’exemple du Trio Joubran, les artistes palestiniens ont suivi le boycott et refusé de faire partie du festival, et même si quelques renoncements sont bien effectifs en Suisse, comme celui du Liechspiel, la cinémathèque bernoise, ou des Ateliers d’ethnomusicologie genevois. Et le BDS Suisse n’est pas mécontent de sa campagne: «Nous avons eu de nombreuses conversations avec les artistes, et les organisateurs en Suisse alémanique, plusieurs débats publics ont eu lieu. Nous avons pu faire connaître l’existence du boycott, donner nos arguments.»
Renseignements: www.culturescapes.ch
et www.BDS-info.ch
