Affaire Matisyahu: "La pilule est amère"

01.09.2015

Categories: Boycott culturel

Voici un article publié par Le Courrier, dans AGORA, le 1er septembre:

 

RÉACTION • La section genevoise du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) lancé contre le régime israélien revient sur notre éditorial du 21 août1, qui mettait en lumière la nécessité d’une clarification internationale de la politique de BDS.

BDS GENÈVE*

Le cas de l’artiste étasunien Matisyahu, de qui les organisateurs du festival Rototom, en Espagne, ont en vain exigé qu’il signe une déclaration en faveur d’un Etat palestinien et de la paix, a provoqué un débat nourri. Le mouvement BDS, qui encourage le boycott, les désinvestissements et les sanctions contre le régime israélien et sa politique d’apartheid, a été montré du doigt pour avoir appelé au boycott de cet artiste. Dans ce contexte, il importe d’apporter quelques éclaircissements.

D’abord, Matisyahu. Fallait-il ignorer que ce chanteur s’était produit au gala des Amis de l’armée israélienne (FIDF, New-York, 2012) et plus récemment à la Conférence politique de l’AIPAC, le plus puissant groupe de pression pro-israélien aux Etats-Unis (février 2015)? Et que dire de son tube Sunshine, qui sert de bande sonore à un clip promotionnel, sur la chaîne Youtube, du Ministère israélien des affaires étrangères (2014)? En demandant aux organisateurs du festival Rototom Sunsplash de le dé- programmer, les militants du BDS País Valencià ont dénoncé un artiste qui se sert de sa renommée auprès de milliers de personnes pour promouvoir un régime d’apartheid. Les organisateurs ont préféré faire autrement: le forcer à signer une déclaration apaisante avant de monter sur scène. En vain.

Précisons à ce stade qu’autant, dans le cadre de l’Appel palestinien au Boycott culturel d’Israël (PACBI), qui fait partie du mouvement BDS, ce boycott est défini comme strictement institutionnel et ne visant ni les personnes ni leurs œuvres, autant les initiateurs palestiniens admettent aussi qu’un «boycott de bon sens» est parfaitement justifié quand des figures prestigieuses s’engagent consciemment dans la défense des crimes de guerre, font l’apologie de l’armée israélienne, ou justifient le racisme antipalestinien. Matisyahu n’est pas seul en cause. En Suisse, on se souvient du musicien Idan Raichel, invité à se produire au festival Culturescapes Israël en 2011, qui revendique ouvertement son rôle d’«ambassadeur» de la hasbara (propagande) israélienne et prétend publiquement que l’armée israélienne est «la plus morale du monde».

L’affaire Matisyahu est révélatrice de la violence que les milieux pro-israéliens opposent au BDS. Face aux faits nus et aux arguments inspirés du droit international et des droits humains, l’accusation d’antisémitisme, lancée comme une formule magique, a suffi à faire reculer les organisateurs du festival Rototom. La pilule est amère, car le festival Rototom Sunsplash, dont les organisateurs disent promouvoir «la paix, l’égalité, les droits de la personne et la justice sociale», affiche une longue tradition de solidarité avec le peuple palestinien.

Lancé en 2005, l’appel au Boycott, Désinvestissement et Sanctions du régime israélien est le résultat de longues discussions au sein des différentes composantes de la société civile palestinienne. Depuis lors, de nombreux mouvements de soutien au BDS se sont formés dans tous les continents pour mettre en œuvre sa stratégie. Les campagnes BDS visent à amener les acteurs politiques, économiques et culturels de nos pays à clarifier leur attitude face à la politique raciste et colonialiste du régime israélien, et à mettre fin à l’impunité dont ses di- rigeants bénéficient, notamment dans les pays occidentaux. Le socle commun de revendications qui fédèrent les mouvements BDS à travers le monde sont la fin de l’occupation des territoires palestiniens occupés, des droits identiques pour les Palestiniens citoyens d’Israël et le droit au retour des réfugiés.

En Espagne, l’annulation pure et simple du concert de Matisyahu se serait imposée d’elle- même, mais dans la dénonciation du régime israélien, l’évidence des faits ne suffit pas toujours. Face à des adversaires déterminés, les militants du BDS se doivent d’être vigilants, adapter leur stratégie au terrain et au moment, et rappeler en toute circonstance le sens de leur action.

* Mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), Genève.

 

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